6 Juin 2013
ENSA Toulouse_S9_UTOPIES COMMUNAUTAIRES
M . R A Y M O N D - U . S E H E R - J . C L A S S E
Projet réalisé avec Anne-Emmanuelle l'Héritier, Géraldine Moulène, Estelle Peradon, Cécile Renaudie et Laurie Tiradas.
Le secteur étudié a une position singulière dans la périphérie Nord de Toulouse. Il se situe à la limite de l’extension urbaine, au point de rencontre avec l’agriculture et les grandes étendues qu’elle libère. Cette impression est renforcée par le maillage des transports en commun de l’agglomération qui prend fin dans notre zone. Cette situation lui donne une identité insolite et nous place dans un entre-deux. Entre l’urbain et le rural, de nouveaux espaces, divers et séquencés, fragmentent le territoire et entrainent un développement urbain anarchique.
Cet échantillon urbain concentre une multitude de connexions à exploiter et à structurer. Localement, le maillage de transports au service des usagers ne permet pas de se connecter rapidement à la ville de Toulouse. En contrepartie, cette frange urbaine s’inscrit dans un réseau de flux à grande échelle qui l’intègre dans une dimension nationale et européenne.
Forte de ses particularités topographiques et hydrologiques notre zone bénéficie de qualités paysagères remarquables. La présence de la Garonne et de ses affluents comme élément fondateur de ce territoire et les risques qu’elle engendre auprès de ses riverains a été un permanent facteur d’évolutions (économiques, sociales, urbaines, géographiques) sur notre site.
Notre aménagement urbain s’articule autour de trois thèmes qui caractérisent ce territoire périurbain et qui nous permettent de le structurer. Ils sont étroitement liés et interagissent pour former un projet cohérent :
Proposer au périurbain une alternative à la mobilité
Révéler ses atouts par ses entités paysagères
Requalifier un secteur en limite entre ville et campagne
Projet réalisé avec Anne-Emmanuelle l'Héritier et Estelle Peradon.
Le site de projet présente des enjeux majeurs. A proximité du cœur de village de Seilh, l’aménagement du futur quartier vise à redynamiser la ville qui s’est étendu de manière hétérogène et linéaire le long de la route de Grenade. D’un point de vu paysager, le site est fortement marqué par sa topographie liée à la présence de l’Ausonnelle, les espaces boisés de qualité, et la grande étendue agricole qui cerne le territoire du côté Nord.
La localisation particulière du site au niveau du terminus de la ligne de bus lui confère une place stratégique au sein du territoire périurbain : il est directement connecté à la ligne de tramway et ainsi à l’ensemble du réseau de transport de l’agglomération. L’organisation de la zone du terminus et des infrastructures qui y sont attachées (implantation d’un parc relais et d’un centre commercial) permet de transiter du bus vers le tramway et peut s’accompagner d’une urbanisation future permettant de requalifier l’entrée de la ville.
La déconnection partielle de la voie de bus génère la création d’un axe structurant allant de l’Eglise au Château et qui dessine une limite à l’urbanisation en fond de vallée. L’ensemble des activités et des équipements publics crées ou existants se concentrent le long de ce mail : commerces, locaux associatifs, église. Ces différentes fonctions quelles soient temporaires (marché, expositions de plein air) ou permanentes (coopérative, espace culturel) permettent de faire vivre le mail, il devient un espace fédérateur. L’image du périurbain limite entre urbanisation et maraîchages se retrouve sur cet axe structurant avec une alternance de promenades minérales et de jardins familiaux situés en contre bas.
De la même manière que s’installent des continuités paysagères à l’échelle du grand territoire, on retrouve au sein du quartier des percées qui relient le fond de la vallée de l’Ausonnelle au plateau agricole. Support de divers usages : espaces publics, jardins familiaux, jardins partagés, elles permettent une interpénétration entre la ville et l’agriculture qui caractérise le périurbain. Ces percées partagent le quartier en diverses séquences bâties aux caractéristiques particulières et qui sont reliées entre elles par un maillage de cheminements piétons et de places publiques.
Parallèlement a la limite urbaine constituée par le mail au Sud, on trouve au contact de l’étendue agricole au Nord une épaisseur dédiée à la promenade, aux loisirs et à la culture de proximité.
L’ensemble des structures bâties du quartier répond à une logique commune, en continuité avec les principes du projet à grande échelle. L’organisation des îlots concentre des densités importantes, permettant de libérer sur les marges d’importants espaces ouverts et communs. En parallèle, la question de la mixité est très présente, mixité typologique d’abord, mixités fonctionnelle et sociale ensuite. Le fonctionnement du mail engendre l’implantation d’équipements, repères dans le quartier, et de typologies bâties singulières associant habitat et activités. Les immeubles qui soulignent ce mail, qu’ils prennent la forme de plots émergeants d’un socle continu ou celle de volumes linéaires, dédient leurs rez-de-chaussée aux stationnements, aux associations, à divers commerces.
L’interface entre îlots et percées agricoles constitue un support favorable à l’expérimentation de typologies mêlant habitat et travail. Le rez-de-chaussée de ces immeubles est divisé entre le stationnement et les hangars destinés au stockage du matériel agricole. Situés le long des percées ils constituent une limite visuelle et fonctionnelle entre ville et agriculture.
Les typologies de logements que l’on retrouve au cœur des îlots, maisons individuelles mitoyennes avec jardins privatifs ou habitat groupé intermédiaire, s’implantent parallèlement à l’Ausonnelle. Des spécificités ponctuelles (fragmentation des volumes, décalages) libèrent des espaces communs au cœur des quartiers denses, supports d’usages collectifs. Ces dilatations permettent d’irriguer l’habitat, et de drainer les résidents vers les percées, le mail, la ville.
Comme tout projet urbain, la visée d’une telle entreprise amène à envisager son évolution à moyen et long terme. Dans ce cadre, il nous semble intéressant de poser une limite définitive à l’extension urbaine vers le plateau agricole. Cela est rendu possible par une urbanisation dense ponctuelle permettant de libérer de grands espaces, communs garant de la qualité de vie sociale et culturelle de ce nouveau quartier.
Projet individuel.
L’îlot traité présente la plus grande pente du quartier. Cette particularité topographique, avec un dénivelé de 11 mètres sur une longueur de 150 mètres, offre de nombreuses opportunités architecturales qui compensent largement les difficultés d’accessibilité. Tout l’enjeu de ce projet réside dans l’équilibre à trouver entre calme, intimité du logement et construction nécessaire des lieux du « vivre ensemble ». Ces préoccupations traduisent à l’échelle architecturale le parti pris urbain mis en place à plus grande échelle.
« Le premier : fournir dans le silence, la solitude et face au soleil, à l’espace, à la verdure, un logis qui soit le réceptacle parfait d’une famille. Le second : dresser face à la nature du Bon Dieu, sous le ciel et face au soleil, une œuvre architecturale magistrale, faite de rigueur, de grandeur, de noblesse, de sourire et d’élégance. »
Le Corbusier
Le quartier de logements, d’environ 120 mètres de côté, est délimité par le mail dévolu aux transports en commun au sud, au bas de la cassure topographique, et au nord par la route existante supportant le trafic routier classique. A l’ouest, c’est le contact avec la percée verte qui impose la fin des logements.
Afin de profiter au mieux de l’orientation favorable du coteau, les constructions linéaires se posent parallèlement à la pente, reprenant la forme traditionnelle des aménagements en terrasse. C’est ici le bâti qui gère l’organisation de la topographie, dégageant entre chaque entité des plateaux aux usages variés. L’organisation en gradin facilite un ensoleillement maximum pour tous les logements, et le choix d’une morphologie faîte de socles surmontés de plots permet de ménager des vues longues vers le fond de la vallée et les collines boisées. Les formes bâties entretiennent d’étroites relations les unes avec les autres, pour éviter les effets de masque.
« La variété est le prélude à la monotonie, si tu veux la rompre répète les éléments. »
Luigi Snozzi
Le mail, véritable « front de vallée », est bordée par un immeuble construit sur toute la largeur de l’îlot. Son socle continu est partagé entre stationnements et locaux techniques d’une part, et espace commercial d’autre part profitant d’un large parvis et d’une terrasse ombragée. Cette mixité d’usages permet d’apporter l’activité nécessaire à la vie de ce mail. Les quatre plots de logements qui émergent du socle offrent 24 appartements, du T3 au T5, répartis deux à deux sur trois niveaux. Leur logique d’organisation consiste à associer un salon en position centrale à deux loggias, la double hauteur partielle offrant un volume intéressant. L’écriture du bâtiment joue sur le contraste entre la rigueur des façades porteuses en béton bilame et la chaleur des loggias à ossature bois qui creusent le volume.
Sur l’arrière, la voie de desserte sépare l’immeuble des deux ensembles de logements intermédiaires. Seuls leurs niveaux de soubassement diffèrent, le socle du groupement sud abritant tous les stationnements des 50 appartements, tandis que des T2 profitent du rez-de-jardin de la barre nord. La structure de base de ces logements se compose d’un T5 sur lequel s’empile un T3 largement ouvert sur sa grande terrasse. Ce dispositif illustre le principe ayant servi de ligne de conduite à la conception des logements dans tout le quartier : devant la qualité des vues dégagés vers la vallée de l’Ausonnelle, il semblait plus intéressant de rechercher ces perspectives en sortant sur sa terrasse ou sa loggia, que de « saturer » l’habitant de paysage en multipliant les fenêtres au sud.
Cet habitat intermédiaire, associant une large travée émergeante en béton et une travée plus étroite en bois, se répète rigoureusement. La suppression d’une double travée permet une respiration dans la composition, et assure les circulations piétonnes nécessaires dans l’îlot.
La duplication linéaire d’un élément caractérise également les maisons individuelles, qui terminent la maîtrise de la topographie. Avec leurs grands jardins décalés, ces maisons mitoyennes s’adressent à des familles inconditionnelles de l’habitat individuel. Elles leur offrent une alternative au pavillon si néfaste à l’environnement périurbain et fléaux de l’étalement des villes. Leur matérialité assure la cohérence de l’écriture architecturale de l’îlot, avec un cadre béton dans lequel vient s’insérer la façade bois largement vitrée donnant sur le jardin.
Habitat intermédaire - Plans des logements
A l’image du projet urbain qui libère de grands espaces communs en prenant le parti d’une densité forte mais ponctuelle, le quartier se construit au moins autant par le vide que par le plein. Un réseau dense et hiérarchisé d’espaces public maille l’îlot, associant cheminements piétons, esplanades, placettes, venelles, parcs et jardins. Le minéral et le végétal définissent des usages différents, des statuts d’espaces plus ou moins accessibles. L’interstice singulier entre les deux barres de logements intermédiaire s’organisent en trois terrasses, dont les spécificités s’associent pour offrir aux habitants un espace commun libéré de la voiture. Ce sont des lieux tels que celui-là, autour des jeux des enfants par exemple, qui deviennent le support de rencontre, de partage, d’une vraie vie de quartier qui fait grandement défaut à l’habitat périurbain actuel.
Outre leur fonction sociale essentielle, la visée globale de ces espaces collectifs en cœur d’îlot, qu’ils soient simplement traversés ou pratiqués plus longuement, est bien de connecter les logements aux larges percées vertes latérales. Avec leurs jardins familiaux au plus près des utilisateurs et leurs vastes pelouses, ces perspectives dégagées guident le piéton vers le mail, vers le village, vers Toulouse.