6 Juin 2013
ENSA Toulouse_S8_PROJET D'ARCHITECTURE
N . E T I L E - S . G R U E T - V . J O F F R E - S . P I E R R A R D
Projet réalisé avec Aurélie Forgue, Pauline Groc, Anne-Emmanuelle l'Héritier, Géraldine Moulène et Estelle Peradon.
Ancienne terre maraichère, la parcelle du quartier de la salade doit être traitée à partir de ses limites et des contraintes qu'elles engendrent, pour ensuite pouvoir composer de manière plus libre en son cœur.
En réponse au tissu pavillonnaire omniprésent sur le site, des maisons individuelles, du logement intermédiaire et de petits collectifs en R+3 sont bâtis en limites Nord et Sud et associés à une bande de jardins afin d’effectuer une transition.
Un front bâti continu en R+4, R+5 borde les rues (grandes avenues et axe traversant) afin de renforcer leur caractère urbain, et de recréer l’ambiance d’un quartier dans une ville. Il est interrompu le long de la rue traversante pour laisser place à un grand parc couplé à une esplanade minérale qui intègre l’école dans un traitement de sol continu en prenant le pas sur la rue. La volonté de créer une respiration franche au cœur du projet et une seule entité accessible à tous a guidé cet aménagement. Dès l’entrée dans ce nouveau quartier, nos pas sont dirigés vers le centre par un traitement de sol particulier et une plantation d’arbres, vers le cœur animé de l’école, la place puis le parc dont on perçoit la végétation.
La plupart des bâtiments sont disposés selon l’axe Est / Ouest afin d’offrir des appartements traversants du Nord vers le Sud et pour favoriser le système distributif de la coursive. De plus, cette orientation est préférable pour des raisons environnementales en privilégiant les apports solaires Sud. Cette orientation est également en adéquation avec la composition générale de notre projet dans lequel les bâtiments viennent se greffer le long d’un axe Est / Ouest.
Parallèlement à ce coeur de quartier, nous créons, de part et d’autre, des îlots autonomes dont le centre est libéré pour accueillir de la végétation. Collectifs privés, ils sont aménagés et appropriables par les habitants de chaque unité d’opération dans une optique de mode de vie coopératif.
Chaque îlot réunit une opération de logements collectifs alignée sur rue et une opération de logements à gabarits moindres ou individuels en fond de parcelle. Nous avons recherché une mixité des échelles au sein de chaque îlot afin de les dynamiser et de répondre à la diversité des demandes.
Projet individuel.
Le parti pris d’une morphologie atypique est le résultat d’une réflexion sur plusieurs aspects de ce que peut apporter le bâtiment à la fois pour le quartier et pour ses habitants. En effet, je me suis attaché à utiliser la morphologie pour créer des espaces communs qualitatifs pour les coopérateurs, tout en affirmant le caractère urbain du projet.
Ainsi, la continuité sur rues des deux premiers niveaux affirme une certaine présence urbaine, tandis que le traitement en plots des trois niveaux supérieurs ménage des perméabilités, des respirations, limitant l’ombre porté par l’édifice sur la rue au nord. Cette volonté de ne pas « écraser » les espaces au sol, tant sur la rue que dans le cœur d’îlot au sud, se traduit par un rétrécissement de la largeur de l’immeuble pour les deux deniers niveaux. Les duplex des R+3 et R+4 se développent donc dans 8 mètres d’épaisseur, contre 12 pour les logements des niveaux inférieurs.
L’angle de l’immeuble est creusé depuis l’intérieur de l’îlot, afin de faciliter l’éclairement des espaces qui s’y trouvent, mais aussi de créer une intériorité utilisée au rez-de-chaussée en terrasse collective.
La présence dans le programme de familles souhaitant des logements plus calmes conditionne le traitement de l’extrémité ouest de l’immeuble. On y trouve trois logements sur deux niveaux, s’ouvrant principalement sur le cœur d’îlot et le grand parc urbain, plus préservés de la circulation automobile. L’un de ces logements en R+1 permet de faire l’accroche avec les maisons intermédiaires et de créer un passage couvert entre l’îlot et le parc au cœur du projet urbain.
Enfin, le choix d’asseoir l’immeuble sur un socle de parking émergeant du sol d’environ un mètre est une réponse au besoin d’intimité des logements du rez-de-chaussée et à la qualité accrue de stationnements éclairés naturellement.
Le principe de desserte par coursive au nord avait été préalablement retenu. L’économie du projet et la simplicité de mise en œuvre d’un système constructif que je présenterai par la suite m’ont poussé vers la modération de la largeur de cette coursive. Pas de structure rapportée donc, puisqu’il me semble que la situation de l’immeuble n’impose pas une grande mise à distance des logements vis-à-vis de la rue, comme cela aurait été le cas en bordure de place par exemple.
L’accès aux logements du premier niveau est indépendant dans le sens où l’on ne passe pas dans le hall, mais on monte seulement six marches depuis la rue pour accéder à la première coursive, posée sur le débord des parkings. L’intimisation des chambres donnant sur les coursives aux différents niveaux se fait par un dispositif d’alignements de montants bois verticaux, retournements des poutres constitutives des planchers des logements et des espaces extérieurs en porte-à-faux (coursives et balcons). L’accès à ces coursives se fait par trois plots traversants de circulation verticale.
Je justifiais plus haut l’utilisation de la morphologie de l’immeuble comme prétexte à la création d’espaces collectifs qualitatifs, principal enjeu selon moi du logement coopératif. Ainsi, tous les espaces extérieurs crées par le jeu du plein et du vide sont les prolongements naturels des lieux de vies coopératifs intérieurs : salle polyvalente, musique, sport et espace enfants dans l’angle évidé du rez-de-chaussée ; atelier bricolage sous le « porche » ; bibliothèque, arts plastiques et kitchenette sur l’une des terrasses du deuxième étage. Ces terrasses, résultats de la création des plots, sont accessibles par un glissement depuis la coursive, par une séquence visant à offrir des vues diagonales longues vers le cœur d’îlots. Elles sont protégées des courants d’air nord-sud par l’installation d’une palissade entre coursive et terrasse, et offrent également des espaces couverts, des « dessous » où il fait bon être à l’ombre lorsque le soleil est trop violent pour rester sur le solarium. Ces espaces sont préservés des vues depuis les logements, car tenus entre des murs aveugles dirigeant le regard vers l’intérieur de l’îlot.
L’espace en cœur d’îlot est quant à lui séquencé, ses différents composants sont hiérarchisés : espace minéral planté, jardin commun aux deux entités foncières de l’îlot, jardin de la coopérative et enfin jardins privatifs des coopérateurs qui en ont fait la demande.
La nécessaire adaptabilité des logements inhérents à la coopération a conditionné le choix d’un système constructif offrant une grande flexibilité dans la gestion des espaces intérieurs. À l’inverse des refends porteurs difficiles à percer, une travée centrale en béton permet de libérer entièrement le cloisonnement des deux travées latérales. Ces travées latérales sont constituées de planchers et de façades porteuses préfabriqués en bois. Les planchers sont pleins, et les façades calepinées sur un module de 60cm sont bardées de panneaux composés de trois planches de douglas verticales. L’absence de traitement de cette essence naturellement durable permet son vieillissement, aspect important de l’histoire d’un bâtiment. L’utilisation massive de la ressource en bois, couplé à l’importante épaisseur d’isolation qu’induit ce système (20cm en façade) me sont apparus comme tout à fait en adéquation avec le principe d’éco-quartier. De plus, le manque d’inertie thermique des parois bois est largement compensé par la présence du noyau de béton. Le béton est également utilisé pour les blocs de circulation et le socle de parkings semi enterré, tous deux émergeants du projet auquel ils donnent une identité marquée.
Ce système permet donc une grande flexibilité dans la conception des logements, permettant ainsi une adaptation aux demandes multiples et variées des coopérateurs. La trame « fonctionnelle » qui régit les logements, tous traversants, est de 3,60 mètres. Le traitement en parois épaisse de l’interface entre trame de jour et trame de nuit permet de déséquilibrer la rigueur de cette trame tout en en conservant les avantages dans la composition, permettant aux séjours et aux cuisines d’utiliser 60cm de la trame nuit pour loger les éléments de mobilier, libérant ainsi totalement les 3,60 mètres normalement dévolus. Ce principe d’organisation des logements est forcément modifié lorsque l’épaisseur est réduite à 8m au lieu de 12m.
La seule contrainte de ce noyau dur réside dans sa vocation à absorber toutes les gaines et les pièces humides, que l’on sait difficiles à moduler dans le cadre de l’évolution future des logements.